L’EGALITÉ DES CHANCES POUR ACCÉDER À LA TÊTE DES GRANDES INSTITUTIONS CULTURELLES

La proposition de résolution relative au mode de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles peut compter sur le soutien des députés écologistes. 

 

Parce qu’elle part du constat que les postes de direction de nos institutions culturelles sont occupés en très large majorité par des hommes aux parcours professionnels peu diversifiés.

 

En outre, cette résolution propose de régler ce problème en le traitant à la base, au moment du recrutement.

 

Enfin, elle ne traite pas que du problème du sexisme dans le recrutement mais vise à accroître la diversité des profils des directeurs.

« C’est par la loi que nous devons imposer une parité au plus haut niveau de toutes nos institutions publiques. Par cette contrainte, nous parviendrons à déverrouiller les stéréotypes qui cantonnent aujourd’hui les Françaises à des emplois présentés comme féminins » a déclaré Isabelle Attard devant l’hémicycle.

 

Une bonne idée, mais certains oublis sont néanmoins regrettables : la resolution aurait dû aborder d’autres éléments, comme l’encadrement des rémunérations des dirigeants, l’interdiction du cumul des mandats ou encore la mobilité des directeurs recrutés. 

 

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Isabelle Attard :


Cette proposition de résolution est une très bonne idée, pour trois raisons.

Premièrement, elle part du constat que les postes de direction de nos institutions culturelles sont occupés en très large majorité par des hommes aux parcours professionnels peu diversifiés, ce qui est un problème en termes à la fois d’égalité des chances et d’efficacité du travail accompli. Des dirigeants aux parcours similaires proposeront des solutions identiques à nos institutions, ce qui laisse peu de place à l’imagination et à l’originalité dans les stratégies appliquées.


Deuxièmement, elle propose de régler ce problème en le traitant à la base, au moment du recrutement.

Troisièmement, elle ne traite pas que du problème du sexisme dans le recrutement. Elle est bien plus large et vise à accroître la diversité des profils des directeurs.

J’ai entendu d’étranges remarques en commission ce matin. Ainsi, la parité serait inapplicable au niveau de la sélection parce que le problème viendrait de l’amont du processus du recrutement, c’est-à-dire des candidatures. En effet, aujourd’hui, les femmes postulent nettement moins à des postes de direction. C’est un fait que nous reconnaissons. Il est cependant crucial de s’intéresser à ce faible nombre de candidatures féminines.


Brigitte Laloupe, coach de cadres dirigeants, a déclaré qu’« une femme ne répondra, par exemple, à une annonce que si elle possède au moins 80 % des compétences demandées,…alors qu’un homme se contentera de 25 % ». Une des causes majeures de cette autolimitation est l’intégration des stéréotypes associés aux hommes et aux femmes dans notre société. Nous en avons longuement débattu hier soir, lors du débat sur le projet de loi de refondation de l’école. Les stéréotypes sont nuisibles à notre vie en société.

C’est dès le plus jeune âge que l’on demande aux filles d’être douces, gentilles et modestes. C’est toute leur vie que les Françaises sont confrontées à un monde où les postes à responsabilité sont confiés aux hommes. Dès cette année, de nombreux partis politiques paieront des amendes pour insuffisance de parité chez leurs candidats aux élections législatives. Nous ne sommes qu’un quart de femmes dans cette assemblée, pourtant censée représenter la diversité des citoyens français. Encore ce faible nombre est-il un record historique ! Il faut de l’imagination pour qu’une jeune femme s’imagine être élue un jour, lorsqu’elle n’entend parler que de « monsieur le maire », « monsieur le conseiller général », « monsieur le député » et « monsieur le sénateur ». Il faut de l’imagination pour s’imaginer docteur, lorsque seul « infirmière » est prononcé au féminin.


En l’espèce, il faut de l’imagination pour s’imaginer directrice d’opéra, lorsque 96 % – 96 % ! – des opéras sont dirigés par des hommes. Comme le dit Olga Trostiansky, fondatrice du Laboratoire de l’égalité : « Certains métiers sont considérés comme féminins, notamment ceux qui ont trait aux services à la personne. Si les femmes sont très majoritaires sur ces emplois peu qualifiés ou précaires, c’est en grande partie en raison des stéréotypes, des représentations. La femme est censée prendre soin des plus faibles, les enfants et les personnes âgées en particulier ».

Lors du débat sur le budget de 2013, M. le ministre Laurent Fabius nous apprenait qu’il avait fixé un quota de 40 % de femmes pour les nouveaux recrutements d’ambassadeur. Cette résolution participe du même effort. C’est par la loi que nous devons imposer une parité au plus haut niveau de toutes nos institutions publiques. Par cette contrainte, nous parviendrons à déverrouiller les stéréotypes qui cantonnent aujourd’hui les Françaises à des emplois présentés comme féminins.


Dans ce contexte, inclure plus de transparence dans les procédures de nomination est donc une excellente chose. Pourtant, la résolution aurait pu être un peu plus ambitieuse. L’on peut tout d’abord déplorer que l’avis des commissions « ne lie pas l’autorité de nomination mais soit susceptible de l’éclairer dans son choix ». Elle ne supprime donc pas les possibilités de nomination sur le « fait du prince ».

De surcroît, cette résolution ne précise pas la composition de ces futures commissions. Il faudrait pourtant imposer tout d’abord qu’elles soient paritaires.

Il est inutile d’invoquer le principe de parité si on ne l’applique pas. La meilleure manière de susciter des recrutements paritaires est de constituer des commissions de sélection paritaires. Il faudrait aussi qu’elles soient composées à la fois de professionnels du secteur, de personnalités qualifiées ainsi que d’usagers. Ces institutions sont des institutions publiques, aussi est-il indispensable d’inclure le public ainsi que les habitants du lieu à leur gestion.


Par ailleurs, il est essentiel que des critères de sélection soient établis. Parmi ceux-ci, la sélection des dirigeants sur des projets d’établissements est essentielle. Il est en effet indispensable que les dirigeants des grandes institutions culturelles soient sélectionnés en fonction de projets établis dans un esprit de coopération avec les partenaires. Ces projets permettent aussi d’établir une forme de contrat avec les dirigeants qui peuvent ensuite être évalués sur ces projets afin qu’ils rendent des comptes aux acteurs de ces institutions – partenaires, collectivités, usagers…

Enfin, une telle résolution aurait dû aborder d’autres éléments, demandés notamment en 2012 par le Conseil national du Syndeac – le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles –, comme l’encadrement des rémunérations des dirigeants ou encore l’interdiction du cumul des mandats.


On peut aussi citer l’absence de réflexion sur la mobilité des directeurs recrutés. En effet, on peut se demander s’il est normal que le directeur de la plus grosse Scène nationale de France soit resté vingt-trois ans à la tête de l’établissement… Comme le dit François Deschamps, « au-delà de la pluralité des directeurs et directrices en France, se pose aussi la question de la pluralité des lignes artistiques. »

Malgré ces quelques oublis, nous soutiendrons cette proposition de résolution. 

 

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