Brigitte Allain : « Un maillon essentiel pour promouvoir l’essor d’une agriculture durable »

Ce n’est pas un peu bizarre qu’une élue d’un territoire rural comme vous, très impliquée dans les questions agricoles, se mobilise sur un texte sur le logement et l’urbanisme ?

C’est doublement légitime : d’abord parce que les problèmes de logement se posent partout, et que le monde rural n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Le texte traite de sujets essentiels, comme les biens sans maîtres – ces biens abandonnés qui restent inutilisés- mais aussi les règles d’urbanisme qui sont souvent obsolètes et freinent le logement en zone rurale.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le monde rural est victime de deux phénomènes contradictoires : une faible disponibilité de logements, et une pression terrible due à l’étalement urbain. Chaque décennie, c’est l’équivalent de la surface d’un département français qui disparait sous l’urbanisation. Il est plus qu’urgent de mettre un coup d’arrêt à l’artifcialisation des sols : elle n’est pas seulement galopante, elle est aussi irréversible. On reproche assez souvent aux décideurs de ne pas penser à « l’avenir de nos enfants », comme on dit. Eh bien là, c’est de cela qu’il s’agit.


Comment, concrètement ?

Le projet de loi dans sa philosophie , par la densification, contribue à lutter contre le grignotage. Les terres agricoles ne sont pas les variables d’ajustement des politiques d’aménagement.  Des objectifs chiffrés et une concertation à l’échelle intercommunale et des bassins de vie sont nécessaires pour encourager les élus locaux à travailler dans un cadre pérenne, pour les générations futures : nous avons déposé un amendement pour des objectifs chiffrés et contrôlables qui a été intégré dans le texte.

Dans le même temps, il nous faut préserver en parallèle la nature en ville ou en périphérie, et l’agriculture de proximité. Tout se tient : c’est un facteur de reconquête de notre indépendance alimentaire et de notre empreinte écologique à travers le développement des outils de protection des terres nourricières. C’est pourquoi nous voulons encourager les parties prenantes à la gestion des documents d’urbanisme à penser un projet agricole et alimentaire territorial, qui consacrerait la vocation nourricière et de bien commun des terres agricoles

ALUR, c’est donc aussi un texte agricole ?

Chacun son rôle : la loi ALUR vise à stopper l’étalement urbain, sans quoi il n’y aura pas de renouveau de notre agriculture. La loi d’avenir agricole, elle, dans un deuxième temps, devra traiter de la gestion de ce foncier, et l’orienter vers une agriculture durable installant plus d’agriculteurs, et porteuse d’une diversité de projets. Dans cette ambition pour une nouvelle agriculture, la loi ALUR, c’est une étape, un maillon essentiel. Voilà pourquoi je me mobilise à ce point sur le texte.

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