VERONIQUE MASSONNEAU : « NE PAS CONFONDRE EGAL ET IDENTIQUE »

Monsieur le président,

Mesdames les ministres,

Monsieur le rapporteur,

Madame la rapporteure pour avis,

Mes cher-e-s collègues,

 

En montant à cette tribune, je pense à toutes celles et tous ceux qui nous regardent, le cœur et l’esprit partagés entre une grande espérance, et une vraie angoisse.

 

Leur espoir, c’est de voir enfin établie l’égalité de toutes et de tous devant le mariage, qui est un contrat entre deux êtres qui s’aiment, ont décidé d’unir leur destin et parfois d’accueillir des enfants pour fonder une famille.

 

Leur angoisse – et comment pourrait-on leur donner tort -, c’est de voir de nouveau leur vie jetée en pâture aux caricatures, aux préjugés et aux railleries.

Oui, Monsieur Guaino, comme vous, je pense aussi à des concitoyennes et des concitoyens anonymes qui se sont adressés à moi, par courrier ou lors de rencontres inoubliables, et qui m’ont parlé du texte que nous examinons aujourd’hui.

 

Mais je ne pense pas seulement à celles et ceux qui ont recopié des lettres-types, qui ont saisi l’occasion de ce texte pour exiger de la République qu’elle obéisse à des lois supérieures à la loi comme je l’ai lu parfois.

 

Je pense à ces adolescents rejetés lorsqu’ils découvrent leur orientation sexuelle et qui attendent de nous un message et une garantie : la garantie qu’ils pourront, elles et eux, contrairement à tant d’autres jusque-là, vivre dans une société qui reconnaîtra la plénitude de leurs droits.

 

 

 

Je pense à ces couples qui, comme tous les autres couples, se battent pour assurer leur bonheur, et le bonheur d’enfants qui sont là. Ils demandent le droit de se voir reconnus socialement. Ils attendent de voir reconnue par la loi la réalité qu’ils vivent au quotidien. 

 

Je pense à toutes celles et tous ceux qui se sont battus, au cours des années, d’abord pour la simple reconnaissance de leur identité, ensuite pour l’égalité de leurs droits. Je pense aux militants, mais aussi et surtout aux anonymes. Je pense à nos homologues parlementaires belges, espagnols, néerlandais, argentins qui, avant nous, ont débattu de ce sujet. Ils n’ont pas conduit leur pays à la faillite morale ou à la décadence. Ils ont, au contraire, contribué à pacifier leur société.


Et je pense à mon collègue Noël Mamère qui, en célébrant le premier mariage homosexuel en 2004, a fortement contribué à ouvrir un chemin.


Mesdames et messieurs de la droite –  pas tous je le sais, je le ressens – vous nous demandez d’écouter les revendications des manifestants du 13 janvier.

Mais de quelles revendications parlons-nous ? D’un droit à conserver ou à conquérir ? Non : puisque personne ne verra, par ce texte, ses droits remis en cause.

Alors on nous parle du droit de l’enfant.


Mais en optant pour un slogan simpliste, « Un papa, une maman, un enfant », mesure-t-on la stigmatisation que cela représente ? Pour les familles monoparentales, pour les familles homoparentales. Refuser à ces dernières ce projet de loi, c’est leur dire : « à nos yeux, vous n’existez pas. Nous ne reconnaissons que les familles mariées, composées d’un papa et une maman. »


Vouloir, individuellement, reproduire ce schéma est tout à fait légitime. Ni plus légitime, ni moins légitime que la volonté de fonder une famille sans être marié. Ni plus légitime, ni moins légitime que la volonté de se marier lorsqu’on est homosexuel. Ni plus légitime, ni moins légitime que de vouloir des enfants pour un couple homosexuel.


Je sais, à l’écoute de cette dernière phrase, que vous allez brandir l’argument de la soit disant sanctuarisation du droit à l’enfant. Mais à qui ai-je bien demandé son avis lorsque j’ai eu mon fils ? A qui, vous-mêmes qui êtes parents, avez-vous demandé leur aval lorsque vous avez décidé d’avoir vos enfants ?

Arrêtons l’hypocrisie : derrière ce faux débat du droit à l’enfant, c’est toujours la même question du choix d’avoir un enfant qui est posée : avant-hier, c’était le choix de laisser faire la nature, ou de la contraception. Hier, le choix de donner la vie, ou celui de l’IVG. Et demain, le droit, quand c’est possible, de porter son propre enfant qui amènera les écologistes à défendre dès ce texte, sans attendre la loi Famille, un amendement visant à ouvrir la PMA pour les couples de femmes.


Oui, ce texte défend bien le droit de l’enfant. Je le disais, regardons notre société. Les familles homoparentales sont une réalité. Or, à l’heure actuelle, les enfants issus de ces familles se retrouvent bien souvent sans cadre juridique stable. Ce projet de loi a pour but de leur assurer ce cadre juridique.

Vous disiez tout à l’heure, Monsieur Mariton, que chacun, sur ces bancs, a ses convictions. Nous nous affrontons, c’est le propre de la vie politique. Mais nous tentons, aussi, de nous comprendre. Et je dois vous avouer, en toute sincérité, que cette opposition de certains à l’ouverture d’un droit qui n’en enlève aucun, à personne, m’interroge. Ou plutôt m’interrogeait.  Parce que, tout à l’heure, au détour des discours de messieurs Mariton et de monsieur Guaino, une évidence est apparue : vous confondez égal et identique.


Il aura fallu des décennies à notre République pour reconnaître qu’un homme et une femme ne sont pas identiques, mais doivent être égaux.


De la même manière, un couple homosexuel n’est pas identique à un couple hétérosexuel. Mais en République, il doit en être l’égal.


C’est de cela qu’il s’agit, mes chers collègues : d’égalité.


 


Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Dominique Deshoulières (mardi, 05 février 2013 19:47)

    Bonjour Madame Véronique Massonneau,
    je viens d’écouter votre intervention à l’Assemblée.
    Je suis fier d’avoir voter pour vous.
    Dominique DESHOULIERES
    CHENEVELLES